Le lendemain, Angie se réveilla plus tard que d'habitude, ses cours ne commençaient qu'à 10h, elle pouvait donc dormir plus longtemps.
Lorsque elle se leva, elle trouva l'appartement vide. Sa mère était déjà partie travailler.
Elle alluma la radio, se serra un café bien fort et s'étendit sur le canapé du salon. Elle n'avait aucune envie d'aller en cours ce matin; elle serait bien restée allongée là toute la journée.
Après s'être habillée, Angie quitta l'appartement et se dirigea comme tous les matins en direction du métro. En chemin, elle alluma une cigarette, puis une deuxième, puis une troisième...
A cette heure-ci, le métro était presque vide. Elle s'assit en face d'un homme au ventre bedonnant.
Elle appuya sa tête contre la vitre et aperçut son reflet; ses grands yeux noirs lui paraissaient encore plus sombres que d'habitude. Angie avait hérité du regard profond de son père.
L'homme en face d'elle ne cessait de la fixer; il la mettait mal à l'aise.
Lorsque les portes du wagon s'ouvrirent, Angie sauta sur le quai et se hâta en direction du lycée.
De loin, elle aperçut Adrien adossé aux grilles, qui fumait en recrachant la fumé sur le côté, comme il adorait le faire. Quelques filles le regardaient en minaudant, mais il ne semblait pas y prêter attention.
Lorsqu'il la vit, il lui sourit avec ce petit air arogant qui lui était propre, écrasa son mégot sous son talon et s'avança pour lui faire la bise.
_ Dis donc, tu t'es un peu enfuit comme une voleuse hier !! lui lança-t-il sur un ton faussement accusateur,du coup, il ne nous restait plus qu'une seule fan hystérique au lieu de deux, le public à vite été restreint .
_ Ouai désolé... j'ai du partir très vite... un truc à faire, marmaonna-t-elle, mais je suis sûre que Rose s'en est très bien tirée; et puis pour la séance d'autographes, une seule fan c'est plus pratique.
_ La prochaine fois tu resteras plus longtemps, sinon je te fais payer les places de notre prochain concert, dit-il en fouillant ses poches à la recherche d'un briquet.
_ Votre prochain concert ?! C'est quand ?
_Dans deux semaines au Gibus. Tu pourras même venir dans les loges si t'es sage ! ajouta-t-il d'un ton supérieur.
_Mon dieu, c'est trop d'honneur ! Je sais pas si je vais tenir d'ici deux semaines, ironisa-t-elle.
Quelques minutes plus tard, Rose arriva et embrassa ses deux amis.
_Pourquoi t'as pas répondu hier ? lança-t-elle à Angie d'un ton accusateur.
_ ... j'ai loupé ton appelle et j'avais plus assez de batterie... pour te rappeler, mentit la jeune fille.
_ Mmmouai... En tout cas super répett' hier Ad', faudrait qu'on vienne vous voir jouer plus souvent, Hein Angie ?!
Mais le jeune fille ne semblait ne pas l'écouter, son regard était perdu dans le vague.
_ Angie !!! Tu m'écoutes ? s'écria Rose.
_Hein ?!..... euh...désolé... j'ét..
_ Dans les nuages, on a remarqué ! la coupa Rose, je disait qu'il faudrait qu'on vienne les voir plus souvent.
_ Nan arrête, après ils vont prendre la grosse tête et penser qu'on est comme toutes ces petites connes en chaleurs qui s'égosillent à s'en faire péter les cordes vocales ! rétorqua Angie d'un ton moqueur et hautain.
Rose s'exclafa en poussant Adrien du coude.
_ Au faite, Karim fait une fête chez lui samedi soir? lança le garçon, comme pour changer de sujet.
_ A quelle heure ? demanda Angie en jetant sa cigarette au pied du garçon.
_chai pas... huit heure, comme d'hab' ! Ca vous laisse assez de temps pour vous préparer ?
_ Ca devrait aller, si on commence la veille, on devrait pouvoir être prête aux alentours de minuit-une heure du mat', rétorqua Rose avec ironie.
Ils éclatèrent de rire et comme la sonnerie retentissait, ils se dirigèrent vers la salle d'Histoire.
Lorsque les cours furent terminés, Angie se rendit devant sa station et alluma une cigarette.
Arrivée chez elle, elle aperçut le sac à main de sa mère posé sur la table de la cuisine, cette dernière était sous la douche; Angie entendait l'eau couler.
Elle s'installa à son bureau et commença sa dissertation de Philo.
Un quart d'heure plus tard, sa mère poussa la porte de sa chambre et entra doucement.
_ salut ma puce, sa va ?
_Mmmm...
_Tu planches sur quoi ?
_... Philo!
_Ok, on mange chinois, ça te va?
_ ...Pas très faim ce soir
mais sa mère était déjà sortie et commençait à s'affairer dans la cuisine.
Une heure plus tard, Angie fut tirée de ses réflexions philosophiques par la voix stridante de sa mère
_A taaaaaaaaaable !
Elle alla se laver les mains et s'assit en face de sa mère, qui posait le plat devant elle.
La jeune femme semblait fatiguée, plus blanche que d'habitude, ses traits étaient tirés; elle s'assit en face de sa fille et bailla longuement.
_Samedi soir, je sors avec Rose, on va à une fête, annonça Angie d'une voix sans ton.
_ Mmm ?! Tu prendras bien tes clefs et ton portab....
_T' as l'air exténuée, l'interrompit-elle brusquement, tu devrais aller te coucher !
Sa mère leva les yeux vers elle, deux gros cernes tombaient en bas de ses paupières.
_ Non, ça va aller... ne t'inquiète pas... manges plutôt !
Angie avalait sa viande en silence, sa mère elle, ne touchait pas son assiette.
_ Demain soir, je risque de r....
_ rentrer tard !! Je sais, la coupa-t-elle sèchement.
La jeune fille devait avoir entendu cette phrase, qui l'excédait au plus haut point, au moins un millier de fois.
_ ... tu peux inviter Rose si tu veux ! continua celle-ci, igonorant la remarque de sa fille.
_... Oui on verra... excuse moi, je n'ai plus faim... il faut que je finisse ma dissert'.
Angie se leva, débarrassa son assiette et se dirigea vers sa chambre. Elle entendit sa mère allumer la télé dans le salon et fouiller dans le placard à alcool.
Lorsqu'Angie regarda sa montre, il était 11 heure. Cela faisait deux heures qu'elle travaillait et elle commançait à sentir des courbatures lui tirailler le dos.
Elle se leva et se dirigea vers le spacieux salon. Sa mère s'était endormie et une bouteille vide de jet 27 gisait au pied du canapé. La jeune fille la ramassa et la posa sur la table basse, puis éteignit la télé.
Angie se déshabilla, se glissa dans ses draps et s'endormie presque aussitôt.